Détente profonde et l’art du Chi

Détente profonde et l’art du Chi

La détente physique et mentale est essentielle à toutes les techniques de l’Art du Chi. Cela est vrai que l’on soit debout, assis ou couché sur le dos. Cela s’applique aux techniques de manipulation du Chi ainsi qu’aux pratiques du Qigong ou du Tai Ji Chuan. Parmi les outils utilisés pour favoriser la détente, la pratique de la détente profonde constitue un véritable joyau.

art du chi

Et si le secret de la vie était le confort et le bien-être? Oui, la Vie! La force qui jaillit pour s’opposer à la mort. La vie est à la fois fragile et puissante, comme en témoigne la naissance d’un nouvel être. Les mots « confort » et « aisance » sont généralement associés à la réussite sociale, mais aussi à la paresse et au vide. Ces mots prennent un tout autre sens lorsqu’on parle de détente profonde. Mais d’abord, précisons: la détente profonde ne signifie pas simplement être calme. Beaucoup de choses peuvent nous apaiser (Mozart, un martini, un bain, le sport, le sexe) et nous y recourons pour cela. Cependant, nous recherchons ici quelque chose de différent. Nous voulons nous libérer complètement de notre dépendance aux objets extérieurs et simplement « être ».

Ne pas bouger

Un minimum de confort pour le corps et l’esprit est essentiel. Utilisez un tapis d’exercice ni trop petit, ni trop ferme, ni trop mou. Allongez-vous sur le dos, utilisez une couverture pour rester au chaud et placez un coussin sous vos genoux si vous êtes sujet aux maux de dos. La pièce doit être calme, sans risque d’interruption — enfin, seul! Prenez une inspiration, expirez profondément et essayez de vous détendre. Votre premier réflexe sera de bouger un bras, une main, une jambe, la tête… Ces mouvements vous permettront de vous installer plus confortablement.

Malheureusement, votre répit est de courte durée. Peu de temps après, vous sentez le besoin de bouger pour éviter une sensation d’inconfort qui ne semble que s’amplifier avec le temps. Ces ajustements du corps sont généralement spontanés et souvent imperceptibles, mais la détente profonde exige que nous restions immobiles, alors il faut demeurer vigilant. Et ensuite? Est-il possible de rester immobile pendant 90 minutes, 2 heures, ou même davantage, sans ressentir d’inconfort? Même quand je dors, je me tourne fréquemment!

La réponse se trouve à l’intérieur. Nous cessons de bouger à l’extérieur, mais pour atteindre un état de véritable confort, nous voyageons à l’intérieur. Alors, commençons!

Ne pas s’endormir

Lorsque la relaxation musculaire commence, même partiellement, l’esprit peut vagabonder et tomber dans le sommeil. Nous sommes habitués à laisser l’esprit errer quand le corps se repose. L’esprit a de la difficulté à distinguer la frontière entre veille et sommeil; la voix intérieure poursuit son monologue sans remarquer la transition. À la suite d’un cours de relaxation, beaucoup de gens prétendent ne pas s’être endormis malgré le fait que leurs ronflements ont dérangé les autres dans le cours. Alors, une fois de plus, redoublons d’efforts, restons vigilants et apprenons à observer notre état mental.

En fait, nous allons mettre l’esprit en laisse, comme pour apprivoiser un animal. Nous lui confierons la tâche d’observer le corps, et sa récompense sera l’expérience du bien-être. Mais attention! En demandant à l’esprit d’observer le corps, d’examiner chaque détail et de « ressentir et non pas seulement penser », nous lui en demandons beaucoup! Parce qu’à ce jour nous avons entraîné notre esprit à ignorer le corps, et maintenant nous lui demandons de faire l’inverse. L’esprit essaiera de nous faire dévier de notre route! Mais nous persévérons.

Être compris

Quand nous voulons avancer, nous marchons; quand nous voulons nous expliquer, nous parlons; quand nous sommes en santé, nos muscles comprennent. Alors pourquoi semblent-ils ne pas comprendre quand je leur demande de se détendre? Si je veux relâcher mes épaules, par exemple, c’est comme si j’avais demandé la lune! On en arrive au point où je me demande, en toute honnêteté, si ces épaules m’appartiennent vraiment, tant elles font la sourde oreille! Nous avons passé des années à apprendre à marcher et à parler, mais nous n’avons pas vraiment appris à lâcher prise de « ce qui nous permet de nous tenir debout, d’agir et de vivre dans le monde »! Relâcher nos muscles, c’est nous abandonner à la gravité; mais comme un enfant qui a peur de s’endormir parce qu’inconsciemment il craint de ne jamais se réveiller, nous devons dépasser nos peurs subconscientes et apprendre à distinguer la relaxation musculaire de ce moment où nous quittons complètement la vie.

Pour parvenir à ce lâcher-prise, nous apprenons d’abord à parler à nos muscles, à parler en nous-mêmes et non au monde extérieur. C’est comme apprendre une nouvelle langue. Lorsque nous partons en voyage à l’étranger, nous pouvons d’abord ne rien comprendre à ce qui est dit. Que faire? D’abord, ne vous lancez pas dans de longues tirades; faites simple. Je me pointe du doigt et je dis « Pierre », puis je pointe la chaise et je dis « chaise », etc. C’est ainsi que nous faisons comprendre quelque chose à notre corps. Alors, quand je dis mentalement le mot « lourd », en même temps je dirige mon attention vers l’arrière de mes épaules (qui s’enfonceront naturellement davantage dans le tapis que, par exemple, l’arrière de mon cou). Pour ressentir physiquement, il me suffit de prendre conscience de mes pensées. Cela ressemble étrangement à « je deviens ce que je pense ». Quel programme formidable! Et oui, lorsque le corps et l’esprit se comprennent, ils deviennent amis, voire amants! Bien sûr, au départ, tout ne se passe pas toujours à merveille. Mais avec le temps…

Le bonheur

Notre contact avec le sol se transforme lorsque nous relâchons nos muscles. Nous sommes maintenant sur un lit idéal. Notre corps se fond dans le sol, comme deux pièces d’un casse-tête qui s’emboîtent parfaitement pour faire apparaître une image d’ensemble: le tapis, le sol, la terre, mon corps et moi. Je ne peux plus distinguer les frontières qui séparent les pièces. Tout n’est qu’une seule substance, un seul Chi. Ce miracle, si naturel et même banal chez les animaux, est exceptionnellement difficile à réaliser pour les êtres humains modernes. Et pourtant, c’est là le vrai bonheur, sans autre objectif. À terme, nous devrions également travailler avec le tantien (le centre de gravité et le centre énergétique du corps). Cela permettra à nos muscles de se relâcher sans effort, nous permettant d’atteindre un état de confort incomparable.

La relation entre je pense, je veux et je suis est au cœur de l’Art du Chi et de la pratique de la détente profonde. Il en va de même pour toutes les disciplines traditionnelles d’Extrême-Orient comme le yoga, le Zen, le Tai Ji Chuan et bien sûr la méditation.

Lorsque nous mettons nos corps en détente profonde, notre attention devient extrêmement focalisée. La cacophonie entre le corps et l’esprit cesse. Une harmonie profonde entre les muscles et la volonté s’établit. À ce moment-là, le Chi exprime toute sa puissance et nous réalisons ce qu’il est. Le Chi est notre force vitale, notre corps, notre esprit et notre vie. Lorsque le voile se lève, nous voyons notre vie individuelle comme la Vie elle-même.

L’Art du Chi (Qi, force vitale) englobe toutes les disciplines traditionnelles d’Extrême-Orient dans la mesure où elles utilisent des techniques comme celles que l’on retrouve dans le yoga, le Zen, l’acupuncture, la méditation, les arts martiaux, la calligraphie, etc.

Vlady Stévanovitch (1925–2005) a développé une méthode particulièrement efficace pour apprendre ces techniques. Sa méthode se distingue par son absence de référence à tout contexte culturel ou théorique spécifique.