Libre pensée – Le rythme de la vie moderne
Le monde entier et tout ce qu’il contient s’accélère, avançant si vite qu’il est parfois difficile de suivre. Sommes-nous trop lents, ou le monde change-t-il trop rapidement ?
Le 21e siècle a apporté un rythme véritablement accéléré. Nous vivons certainement plus longtemps, mais nos vies quotidiennes sont surchargées. Nous sommes passés des déplacements à cheval aux vols à vitesse supersonique. Les messages texte ont remplacé les lettres d’amour dans la boîte aux lettres. Aux débuts de la télévision, les pauses publicitaires étaient diffusées en direct. Aujourd’hui, nous sautons par-dessus les moments « vides » comme si chaque seconde devait être remplie d’information pertinente. Des agriculteurs de la campagne qui travaillaient la terre et s’occupaient de leurs fermes et de leurs animaux, nous sommes devenus des personnes sédentaires qui mangent de la malbouffe, devenant inévitablement de plus en plus grosses.
Mais pourquoi courons-nous ?
Où allons-nous ?
Des livres et des articles sur le thème de la « lenteur » sont publiés à une vitesse incroyablement rapide. Nous sommes bombardés de messages vantant l’importance de vivre dans l’instant présent, et les critiques sur notre manière de vivre sont fréquentes. Il est tout à fait naturel que nous finissions par nous interroger sur le rythme effréné de la vie moderne.
Pourquoi tout doit-il aller si vite ? La vitesse est une mesure de quelque chose par rapport au passage du temps. L’accélération est une augmentation de cette chose au cours d’une période donnée. Le temps, lui, demeure constant dans cette équation. Ce qui change, c’est la distance parcourue, la quantité d’information accumulée ou le nombre de choses accomplies. Le temps, lui, n’a pas changé. Il y a toujours 24 heures dans une journée. Le mouvement exige une force motrice ou une certaine forme d’énergie pour aller du point A au point B. Dans ce cas, nous sommes la force motrice — notre corps, notre esprit et nos émotions. Alors d’où nous vient ce désir d’aller plus loin, plus vite ?
On peut réfléchir à l’accélération selon deux points de vue fondamentaux. Le premier est notre propre nature, autrement dit ce que nous sommes et ce qui nous motive. En tant qu’êtres humains, nous passons notre vie à tendre vers davantage, à chercher à nous définir dans un monde qui mêle vitesse et performance. Nous naissons, puis nous apprenons à marcher, à courir et à faire du vélo. L’enfance est une suite d’étapes marquant notre capacité à nous déplacer plus vite vers l’âge adulte. C’est amusant au début, puis cela devient un devoir, et c’est là que le problème commence ! Être enfant, c’est « perdre du temps » à rêvasser et éclater de rire pour les choses les plus absurdes. C’est voir toujours le monde avec un regard neuf et un sentiment d’émerveillement.
On peut aussi considérer notre expérience de vie. Nous grandissons dans un monde où tout va très vite. La gratification instantanée règne désormais, et la course vers la modernité mène à une société où ceux qui ne suivent pas sont simplement laissés pour compte. Nous sommes inondés de courriels et ensevelis sous une montagne de pourriels. Nos téléphones ne servent plus qu’à confirmer que notre message a été reçu et qu’une réponse suivra sous peu. La vitesse du progrès fait que tout devient rapidement obsolète. Mais l’ère des biens de consommation jetables est, espérons-le, en train de prendre fin. Satisfaire nos besoins de base est devenu un cycle consistant à fabriquer des désirs et à les apaiser immédiatement, car dans un instant tout sera obsolète ou, pire encore, éclipsé par un autre désir, encore plus futile.
Notre capacité d’attention a été réduite par la multitude d’interruptions qui surgissent au cours de la journée. Quel que soit le contenu qui parvient à entrer dans notre conscience, il ne dure que quelques secondes avant qu’il ne soit temps de passer à la prochaine tendance. Nous sommes noyés dans une mer de données que nous n’avons pas demandées. Comment nos cerveaux peuvent-ils gérer tout cela ? L’avons-nous seulement envisagé ? Et qu’en est-il de nos corps ? De nos cœurs ?
Pouvons-nous reprendre le contrôle de ce rythme effréné ? Après tout, n’est-ce pas cela, le progrès ? Pourquoi marcherions-nous quand le monde entier court ? Les maladies liées au surmenage sont en hausse dans la société moderne. Sans assez de temps pour nous-mêmes, comment en avoir pour les autres ? Il est important de s’arrêter parfois, non seulement pour se reposer, mais aussi pour faire une pause avant d’aller vers une autre destination, meilleure, et pour créer une harmonie entre la nature humaine et la planète sur laquelle nous vivons. Appréciez l’immobilité et comprenez mieux les choix fondés sur vos besoins fondamentaux. Faites une place au silence et créez un espace pour les mélodies de la vie. Prenez le temps d’arriver, déposez votre fardeau et accordez-vous un peu d’espace. Prenez le temps de faire des choix clairs fondés sur nos désirs individuels face au flux incessant d’options qu’apporte chaque nouvelle journée. Faites taire le bruit du bombardement publicitaire, rompez votre dépendance au virtuel, exprimez vos sentiments autrement qu’avec des émoticônes de messagerie instantanée et allez véritablement vers les gens qui vous entourent, qui peuvent vous accompagner sur le chemin d’un monde différent. Un monde sensé, réfléchi et plus lent. Nous devons ralentir afin de penser à l’avenir et de laisser à la prochaine génération un monde plus équilibré et en meilleure harmonie avec la vie.
Sources : Rosa, Hartmut, Accélération,une critique sociale du temps, Éditions La Découverte, Paris 2010 Servan-Schreiber, Jean-Louis, Trop vite!, Éditions Albin Michel, Paris 2010