La méditation est-elle le nouvel antidépresseur? La pratique de la pleine conscience pourrait être plus efficace que les médicaments contre l’anxiété et la dépression

La méditation est-elle le nouvel antidépresseur? La pratique de la pleine conscience pourrait être plus efficace que les médicaments contre l’anxiété et la dépression

Nisha Lilia Diu, The Daily Telegraph, National Post Wire Services

Oh non. De l’encens. Il y a aussi un bar à jus dans le hall et de la musique bhangra qui joue. J’ai l’impression d’avoir pénétré dans une sorte de distorsion de l’espace-temps. Dehors, Londres. Dedans… eh bien, c’est difficile à décrire. Car, en m’enfonçant davantage dans le Light Centre, un studio de « santé naturelle » offrant de tout, de l’acupuncture au yoga, il devient clair que sa clientèle est aussi éloignée du monde des tricoteurs de yogourt qu’il est possible de l’être.

CRÉER UN ESPACE POUR LA PLEINE CONSCIENCE

Cette technique peut être utilisée chaque fois que vous vous sentez déséquilibré, anxieux ou que vous aimeriez simplement vous sentir plus présent. Elle ne prend pas plus de trois minutes et peut être pratiquée à la maison, au bureau, dans le train… partout.

1. Les yeux fermés, asseyez-vous sur une chaise à dossier droit, bien droit, alerte mais détendu. Portez votre attention sur vos pieds. Remarquez comment ils reposent sur le sol. Puis, observez les sensations physiques dans le corps — sur la peau, dans les muscles. Ensuite, prenez conscience de vos pensées; remarquez-les au fur et à mesure qu’elles apparaissent et disparaissent sans vous laisser emporter par leur contenu; puis tournez votre attention vers les émotions que vous pourriez ressentir. Soyez curieux de ce que vous ressentez — il n’est pas nécessaire de corriger ou de changer votre expérience. Contentez-vous de la remarquer. 2. Maintenant, rassemblez votre attention sur votre respiration. Remarquez la sensation de l’air qui entre par les narines, puis qui en ressort. Gardez votre attention sur le flux naturel de votre respiration pendant environ une minute, en vous intéressant vraiment à la qualité de chaque souffle: texture, température, longueur… Si votre esprit se laisse distraire, ne vous inquiétez pas: ramenez simplement votre attention à votre respiration.

3. Maintenant, élargissez votre attention vers l’extérieur afin de sentir tout votre corps respirer. Sentez le souffle circuler dans toutes les parties du corps. Vous pouvez ensuite étendre votre conscience au-delà de votre corps: prenez conscience des sons autour de vous, des couches de sons, des différentes hauteurs, volumes, textures.

Ce sont le genre d’hommes et de femmes très haut placés qu’on imagine passer leurs week-ends (avec leurs BlackBerry) dans des spas de luxe. Ce qui, à bien y penser, ressemble un peu à l’ambiance du Light Centre.

Je suis ici pour ma première séance de méditation de pleine conscience, l’un des cours les plus populaires du centre et une pratique qui a fait les manchettes la semaine dernière. Le 6 janv., le Journal of the American Medical Association (JAMA) a publié les résultats d’une étude révolutionnaire qui a révélé que la méditation semble offrir autant de soulagement de certains symptômes d’anxiété et de dépression que les antidépresseurs. Le Dr Madhav Goyal, de la John Hopkins School of Medicine, qui a dirigé la recherche, a désigné la méditation de pleine conscience comme la forme la plus efficace.

« Cela ne me surprend pas du tout que la pleine conscience soit aussi efficace, voire plus, que les médicaments », dit Adrian Wells, professeur de psychopathologie à l’Université de Manchester et conseiller clinique pour l’organisme caritatif Anxiety UK. La psychologue Katie Sparks est du même avis.

« Dans le travail de groupe que j’ai fait avec des personnes souffrant d’anxiété ou de dépression, j’ai trouvé cela très bénéfique parce que cela apaise l’esprit. Ce n’est pas une nouvelle chose », ajoute-t-elle.

C’est un euphémisme: la pleine conscience est une technique de méditation préconisée par le bouddhisme depuis 2 500 ans. Paul Christelis, responsable des cours au Light Centre et psychologue clinicien, la définit comme « porter attention à son expérience, volontairement, dans le moment présent, sans jugement ni critique ».

Son adoption dans la culture occidentale s’est faite graduellement. Mais en 2004, son utilisation pour prévenir la rechute de dépression a été approuvée par le National Institute for Health and Clinical Excellence (Nice) du Royaume-Uni. Depuis, elle a rapidement gagné du terrain.

Au cours des dernières années, Oprah Winfrey, Arianna Huffington ainsi que les cofondateurs de Twitter, Evan Williams et Biz Stone, se sont déclarés adeptes.

Bon, ce n’est pas si surprenant qu’une entreprise qui se veut branchée comme Facebook organise des séances régulières de pleine conscience — mais Goldman Sachs? Credit Suisse?

« Le plus important que j’ai retiré de la pleine conscience, c’est qu’elle vous apprend à accepter le bon comme le mauvais. » General Mills, le fabricant des Cheerios, a un programme de pleine conscience en entreprise comptant 700 membres. Dans certains milieux d’affaires — notamment la Silicon Valley — c’est si populaire qu’on pourrait dire que c’est devenu un symbole de statut, un badge prouvant à quel point votre travail est occupé et important.

Mais ses partisans ne jurent que par elle. Ben, 32 ans, conseiller politique amateur de soccer à Oxford, essaie de réserver 15 minutes chaque jour pour méditer. « Ça fait vraiment une différence quand je le fais », dit-il. « Ça me donne plus de sang-froid. Je me sens plus clair. » Il a été attiré par la promesse d’une meilleure concentration — « mon esprit a tendance à vagabonder » — mais « le plus important que j’en ai retiré, c’est que ça vous apprend à accepter le bon comme le mauvais. Parfois, au travail, vous avez l’impression que c’est un vrai cauchemar. Puis vous vous dites: “Ce sera un cauchemar pendant 10 jours, puis ça passera.” »

Kate, 34 ans, travaille dans la mode et prend des médicaments depuis de nombreuses années pour l’aider à gérer sa dépression. « Les médicaments n’allaient que jusqu’à un certain point », dit-elle. « Ils ne m’aidaient pas à gérer le fait d’être submergée par mon esprit. » Elle médite 20 minutes chaque matin depuis trois ans et dit: « L’émotion est toujours là, mais au lieu de penser: “Mon Dieu, je me sens vraiment mal ou déprimée”, ou quoi que ce soit du genre, vous prenez du recul et vous pensez: “Voilà ce sentiment. Il sera là un moment, puis il partira.” »

Je crois fermement aux bienfaits des moments de calme Paul estime que la méditation de pleine conscience « nourrit l’équanimité. Elle vous entraîne à avoir un équilibre mental inébranlable, de sorte que vous ressentez tout sans être submergé par cela. »

Bien que je n’aie jamais pensé à cela comme étant de la « pleine conscience », je crois être plutôt bonne pour apprécier l’ici et maintenant. Plusieurs fois par semaine, je remarque (avec un brin d’autosatisfaction) que je suis la seule à lever les yeux de mon appareil et à regarder par la fenêtre pendant mes trajets en autobus vers le travail. Je crois aussi fermement aux bienfaits des moments de calme: quelques minutes, de temps à autre, pour reconnaître, et même savourer, un peu de tristesse, de frustration ou d’inquiétude. J’arrive donc au Light Centre en pensant que ce sera très facile.

La première surprise, c’est qu’en dehors d’enlever nos chaussures, nous restons dans les vêtements avec lesquels nous sommes arrivés, et sur des chaises ordinaires. Paul fait tinter une cloche et nous guide à travers un exercice de trois minutes appelé le « breathing space » (voir l’encadré ci-dessous). Il est immédiatement évident que j’ai plusieurs newtons de tension dans les épaules. Mais le simple fait de prendre le temps de remarquer activement comment se sent mon corps a un effet immensément relaxant.

Je me sens bizarre après: hypervigilante, bien réveillée, presque défoncée C’est une autre histoire quand nous passons à l’observation de nos pensées. On nous dit de laisser entrer chaque pensée, en l’abordant avec une curiosité neutre. Mais mes pensées sont une cacophonie: des fragments de la chanson entendue dans le hall, des bribes de conversation précédente et des vagues de panique à propos des choses que je dois faire plus tard. Et même si, d’ordinaire, je suis capable de laisser entrer mes émotions, je ne le fais généralement qu’un bref instant avant de commencer à penser à la façon dont je vais tout régler. Ici, cela me semble étranger — et un peu effrayant — de simplement ressentir les choses sans rien faire à leur sujet.

Nous terminons l’exercice en portant de nouveau notre attention vers l’extérieur, en nous laissant imprégner par les sons, les odeurs, etc. Je me sens plutôt bizarre après: hypervigilante, bien réveillée, presque défoncée. La popularité de la pleine conscience coïncide avec une hausse de l’incidence de la dépression et de l’anxiété en Grande-Bretagne. Les prescriptions d’antidépresseurs sont passées de 33,8 millions en 2007 à 50,2 millions en 2012. L’insécurité d’emploi, les pressions financières et l’attachement à la technologie y contribuent tous. Les gens travaillent de plus longues heures, s’inquiètent davantage et dorment moins.

L’omniprésence de la stimulation offerte par les appareils mobiles — la personne moyenne consulte son téléphone toutes les six minutes et demie — nous maintient en alerte en permanence, nuisant à notre capacité de concentration, de formation des souvenirs et de relaxation.

Si l’anxiété est le malaise moderne, peut-être que la pleine conscience est le remède.

Article original à: http://life.nationalpost.com/2014/01/13/is-meditation-the-new-anti-depressant-mindfulness-practice-may-be-more-effective-than-drugs-for-anxiety-depression/