Nouvelle étude : la thérapie de pleine conscience peut être aussi efficace que les antidépresseurs

Nouvelle étude : la thérapie de pleine conscience peut être aussi efficace que les antidépresseurs

La pleine conscience a suscité beaucoup d’enthousiasme ces dernières années – et gagné de nombreux admirateurs, dont la romancière Julie Myerson, qui écrit ci-dessus dans The Guardian. Réinterprétation, au XXIe siècle, de la méditation bouddhiste traditionnelle, la pleine conscience nous apprend à développer ce que Myerson appelle une « nouvelle relation » avec nos pensées : « Je pouvais voir qu’elles n’étaient que cela : des pensées. Je n’avais pas à les juger, à agir sur elles ni, en fait, à faire grand-chose à leur sujet. Parfois, elles étaient intéressantes, parfois moins, mais elles n’étaient rien de plus que des “événements” qui surgissaient dans l’esprit puis se dispersaient à nouveau. Elles n’avaient pas, comme je l’avais auparavant imaginé, le pouvoir de me détruire. »

Il existe certes des données montrant que la pleine conscience peut aider en cas d’anxiété, de baisse de moral et de stress, mais peut-elle jouer un rôle dans la prévention de la dépression clinique récurrente ? C’est une question clé, d’autant plus que les récidives sont une caractéristique du problème. Si l’on examine les personnes ayant des antécédents de dépression répétée, plus de 50 % de celles qui se sont récemment rétablies d’un épisode rechuteront au cours des 12 prochains mois. Et à chaque rechute, il est plus probable qu’une autre suive.

Alors, comment briser le cycle des dépressions ? Le National Institute for Health and Care Excellence (Nice), qui fournit au NHS des lignes directrices de traitement fondées sur les données probantes, recommande : « Conseillez aux personnes souffrant de dépression de poursuivre les antidépresseurs pendant au moins 2 ans si elles présentent un risque de rechute. »

Cependant, Nice souligne aussi la valeur de la thérapie psychologique et conseille de tenir compte des préférences du patient dans les décisions de traitement. Il suggère d’envisager la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et d’offrir la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT) aux « personnes qui vont actuellement bien mais qui ont connu trois épisodes dépressifs ou plus par le passé ». La MBCT, mise au point par les éminents psychologues Zindel Segal, Mark Williams et John Teasdale, combine la méditation de pleine conscience et la thérapie cognitivo-comportementale. Mais les recommandations de Nice sont une chose; la réalité sur le terrain en est souvent très différente, les patients étant beaucoup plus susceptibles de se voir proposer des antidépresseurs que la MBCT.

Les antidépresseurs ne conviennent pas à tout le monde : beaucoup de gens hésitent à prendre des médicaments tous les jours pendant des années. Et même si les comprimés peuvent aider contre la dépression – ce qui n’est pas le cas dans toutes les situations –, les effets secondaires sont fréquents. Mais la MBCT est-elle vraiment une solution de rechange viable pour traiter la dépression récurrente ? Est-elle plus efficace que le simple maintien du traitement médicamenteux ? (Fait intéressant, rien n’indique qu’elle prévient la rechute chez les personnes qui n’ont pas déjà connu au moins trois épisodes antérieurs.)

Répondre à cette question est l’objectif d’une nouvelle étude multicentrique dirigée par le professeur Willem Kuyken et publiée aujourd’hui dans le Lancet (déclaration d’intérêt : Kuyken a réalisé ce travail alors qu’il était à l’Université d’Exeter mais, comme l’un des auteurs de ce blogue, il travaille maintenant au Département de psychiatrie de l’Université d’Oxford). L’étude est la plus vaste à comparer la MBCT et les antidépresseurs, et c’est la première à suivre les effets des traitements sur une longue période (deux ans).

La MBCT repose sur l’idée que, lorsqu’une personne ayant des antécédents de dépression traverse même une brève période de baisse de moral, elle tend à être particulièrement vulnérable aux pensées négatives. Ces pensées négatives s’accompagnent souvent de ce qu’on appelle des « biais de traitement » : se faire du souci pour des problèmes passés, par exemple, ou revenir à des souvenirs pénibles. Ce type de pensée augmente le risque d’un épisode dépressif complet.

La MBCT vise à aider les gens à devenir plus conscients de ces pensées et de ces sentiments, et donc mieux à même de prendre du recul. Comme le disent ses fondateurs : « Nous découvrons que les pensées et les sentiments difficiles et indésirables peuvent être maintenus en conscience et observés sous un angle tout à fait différent – une perspective qui apporte avec elle un sentiment de chaleur et de compassion envers la souffrance que nous éprouvons. »

L’équipe de Kuyken a recruté (par l’intermédiaire de médecins généralistes) 424 patients ayant des antécédents de trois épisodes dépressifs ou plus. Tous prenaient des antidépresseurs. La moitié du groupe a été répartie aléatoirement pour suivre un programme de MBCT de huit semaines, durant lequel on les a aussi aidés à cesser le médicament. L’autre moitié a continué les antidépresseurs pendant deux ans. (En fait, la plupart du groupe MBCT ont cessé de prendre le médicament, tandis que la plupart du groupe antidépresseurs ont poursuivi. Et rien n’indique que cela ait influé sur les résultats de l’essai.)

Les résultats de l’essai de Kuyken pourraient décevoir certains défenseurs de la pleine conscience. La pleine conscience ne s’est pas révélée supérieure aux antidépresseurs. Le taux de rechute pour les deux groupes sur 24 mois était à peu près identique : 44 % pour la cohorte MBCT et 47 % pour ceux qui prenaient des antidépresseurs.

Cependant, la MBCT s’est révélée particulièrement utile pour les patients ayant subi dans l’enfance des sévices physiques ou sexuels. Les taux de rechute chez ces personnes étaient de 47 % avec la MBCT et de 59 % avec les antidépresseurs (47 % à 59 %). Cette constatation est particulièrement convaincante étant donné qu’un schéma semblable a été observé dans un autre essai de MBCT. Comme les taux globaux des deux traitements étaient si proches, on pourrait s’attendre à ce que les personnes ayant subi peu de sévices durant l’enfance s’en sortent mieux avec les antidépresseurs, mais les données probantes à ce sujet étaient moins solides dans l’étude de Kuyken (42 % à 35 %).

Les lecteurs du verre à moitié plein verront bien sûr que les résultats de l’essai démontrent qu’en réalité, nous disposons de deux options de traitement tout aussi efficaces pour la dépression récurrente : l’une consiste en huit semaines de thérapie psychologique, l’autre repose sur la prise de médicaments pendant deux ans. Le défi, maintenant, est de rendre les deux également accessibles dans les services de traitement.

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Source : http://www.theguardian.com/science/blog/2015/apr/21/could-mindfulness-therapy-be-an-alternative-to-antidepressants?CMP=Share_AndroidApp_Facebook?CMP=Share_AndroidApp_Facebook