Le sweat lodge amérindien… D’où vient-il ?

Le sweat lodge amérindien… D’où vient-il ?

Origine du temescal

par Mikkel Aaland

Pendant que Rome bâtissait son empire, les Mayas bâtissaient le leur. Leur civilisation couvrait la majeure partie du Guatemala et s’étendait jusqu’au centre du Mexique. Les Mayas égalèrent presque tout ce pour quoi Rome était connue ; leurs arts et leurs sciences étaient avancés, ils développèrent leur propre système d’écriture et de numération, ils étudiaient les étoiles. Même leur architecture était remarquable. Et, comme dans l’Empire romain, ils construisirent des bains de sudation dans tout leur domaine.

Nous ne disposons toutefois d’aucune description originale des anciens bains de sudation mayas. Une grande partie de la première période est voilée derrière des hiéroglyphes non déchiffrés. Ce n’est qu’à travers des fouilles archéologiques et des observations des descendants mayas que l’on peut déduire que le bain de sudation était une caractéristique courante de l’ancien peuple maya. De récentes fouilles à Piedras Negras, Chichén Itzá et El Paraiso ont mis au jour des ruines de bains de sudation, dont certaines seraient âgées de plus de 1 200 ans. Bien que des briques effritées et des tessons de poterie nous apprennent peu de choses sur les rites et cérémonies du bain de sudation, l’agencement des ruines nous donne une certaine idée de son importance.

Lorsque les Espagnols arrivèrent au 16e siècle, ils trouvèrent un usage bien vivant du bain de sudation chez des tribus mayas dispersées et chez leurs nouveaux maîtres, les Aztèques. Le nom le plus courant du bain de sudation est temescal, un mot aztèque venant de teme, se baigner, et calli, maison. Le plus grand dictionnaire maya, compilé peu après la Conquête, donne comme mot pour bain de sudation Zumpul-che, « un bain pour les femmes après l’accouchement et pour les personnes malades, utilisé pour chasser la maladie dans leur corps ».

Les Espagnols n’appréciaient pas les pratiques de bain élaborées de ces peuples. L’Espagne se vautrait dans les âges sombres de l’hygiène, à une époque où il était de bon ton de ne pas se laver du tout. La reine d’Aragon se vantait de n’avoir pris un bain que deux fois dans sa vie, une fois à sa naissance et une fois lors de son mariage. L’Inquisition espagnole était à son apogée et les rituels de bain indigènes, combinés au culte de dieux non sanctionnés par l’Église catholique romaine, rendaient les bains de sudation doublement offensants. Plus tard, à mesure que les missionnaires espagnols convainquirent les Aztèques et les Mayas de dépouiller leurs bains de leur signification religieuse, les Espagnols commencèrent à apprécier les vertus du temescal.

Au 16e siècle, un prêtre espagnol exprima son mépris pour le bain indigène dans cette note : « Voici une image des bains des Indiens qu’ils appellent “temazcalli”. À la porte se tient un Indien qui servait d’intermédiaire pour les maladies. Lorsqu’une personne malade prenait un bain, elle offrait de l’encens, qu’ils appellent copal, à son idole et noircissait sa peau en vénération de l’idole Tezcatlipoca. De nombreux Indiens, hommes et femmes, entièrement nus, prenaient ces bains et y commettaient des péchés sales et vils. »

Dans la première histoire écrite du Mexique, frère Duran écrivit en 1567 : Le temescalli est une petite hutte chauffée au feu dans laquelle peuvent entrer tout au plus dix personnes. On ne peut pas s’y tenir debout et il y a à peine de la place pour s’asseoir. La porte est très basse, de sorte qu’une seule personne peut y entrer à la fois, en rampant à quatre pattes. Dans le coin le plus éloigné se trouve un four chauffé à une température si extrême qu’il est difficile de la supporter. Ces bains sont chauds et secs. Le baigneur transpire abondamment, simplement à cause de la chaleur. Après avoir bien transpiré dans le temescalli, les Indiens se lavent à l’eau froide à l’extérieur afin que la chaleur brûlante du bain ne demeure pas dans leurs os. Pour l’observateur, cela paraît absolument affreux lorsque, après être sortis nus, ils se lavent avec dix à douze cruches d’eau sans crainte d’effets nuisibles. Bien que cela semble terriblement brutal, il est de mon avis qu’il n’en est rien. Quand le corps s’y habitue, cela devient tout à fait naturel. Pourtant, si un Espagnol essayait cela, il perdrait sûrement la raison ou deviendrait paralysé.

Dans The History of Mexico, en 1787, l’Italien Francesco Clavigero écrivait que les bains des Mexicains étaient un remède puissant et pourraient être utiles en Europe pour soigner les rhumatismes. Il écrit :

Le Temazcalli, ou bain de vapeur mexicain, est généralement construit en briques crues. Sa forme est semblable à celle des fours à pain ; mais avec cette différence que le sol du Temazcalli est un peu convexe et plus bas que la surface de la terre, tandis que celui de la plupart des fours est plat et un peu élevé pour l’aisance du boulanger. Son plus grand diamètre est d’environ huit pieds, et sa plus grande hauteur de six. L’entrée, comme l’ouverture d’un four, est assez large pour permettre à un homme d’y entrer aisément en rampant. En face de l’entrée se trouve un fourneau de pierre ou de briques crues, dont l’ouverture est tournée vers l’extérieur pour recevoir le feu, et un trou au-dessus pour évacuer la fumée. La partie qui unit le fourneau au bain, et qui mesure environ deux pieds et demi de côté, est fermée par une pierre sèche de Tetzontli, ou par une autre pierre poreuse semblable. Dans la partie supérieure de la voûte se trouve un orifice d’aération, semblable à celui du fourneau. Telle est la structure habituelle du Temazcalli, dont nous avons joint une illustration ; mais il en existe d’autres sans voûte ni fourneau, de simples petites chambres carrées, mais bien couvertes et protégées de l’air.

Lorsqu’une personne va se baigner, elle place d’abord dans le Temazcalli un tapis, une cruche d’eau et un bouquet d’herbes ou de feuilles de maïs. Elle fait ensuite allumer un feu dans le fourneau, qu’on entretient jusqu’à ce que les pierres qui relient le Temazcalli et le fourneau soient tout à fait chaudes. La personne qui doit utiliser le bain entre généralement nue, et est habituellement accompagnée, par commodité ou en raison d’une infirmité, par l’un de ses domestiques. Dès qu’elle entre, elle ferme l’ouverture, mais laisse l’orifice supérieur ouvert un petit moment, afin d’évacuer toute fumée qui aurait pu pénétrer par les fentes de la pierre ; quand tout est sorti, elle bouche également l’orifice d’aération. Elle jette alors de l’eau sur les pierres chaudes, d’où s’élève aussitôt une épaisse vapeur jusqu’au sommet du Temazcalli. Pendant que le malade est allongé sur le tapis, le domestique dirige la vapeur vers le bas et frappe doucement le malade, particulièrement sur la partie douloureuse, avec le bouquet d’herbes, qu’il trempe un moment dans l’eau de la cruche, devenue alors un peu tiède. Le malade tombe aussitôt dans une sueur douce et abondante, qu’on augmente ou qu’on diminue à volonté, selon ce qu’exige le cas. Lorsque l’évacuation souhaitée est obtenue, la vapeur est évacuée, l’entrée est dégagée et le malade s’habille, ou est transporté sur le tapis jusqu’à sa chambre ; car l’entrée du bain se trouve généralement dans une chambre de son habitation.

Le Temazcalli a été utilisé régulièrement pour plusieurs affections, particulièrement dans les fièvres causées par la constipation. Les femmes indigènes l’utilisent couramment après l’accouchement, ainsi que les personnes qui ont été piquées ou blessées par un animal venimeux. C’est, sans aucun doute, un remède puissant pour tous ceux qui ont besoin d’éliminer des humeurs grossières, et il serait certainement très utile en Italie où les rhumatismes sont si fréquents et si pénibles. Lorsqu’une sueur très abondante est souhaitée, le malade est soulevé et maintenu dans la vapeur ; plus il transpire, plus il est proche de celle-ci. Le Temazcalli est si répandu que, partout où vivent les Indiens, il y en a plusieurs.

Tiré de : http://www.cyberbohemia.com/Pages/originoftem.htm