Sous les ailes d’un ange
demande René Marion, passionné de parapente depuis 30 ans.
Originaire des Alpes françaises et issu d’une famille immergée dans les sports alpins, René a très tôt été habité par le désir de voler. À 12 ans, il a appris à piloter un planeur. Il connaissait déjà l’atmosphère, la météorologie et l’aérodynamique. Il a suivi des cours au Centre de Vol à Voile de l’Aeroclub du Doubs à Besançon. Mais il cherchait une autre façon de voler.
En octobre 1982, à 15 ans, il a vu un parachute descendre d’une montagne. Il s’est rendu sur le lieu d’atterrissage, réalisant seulement plusieurs années plus tard qu’il avait rencontré Andrea Kuhn, une pionnière chevronnée du parapente.
René s’est mis en quête d’une voile qui lui permettrait de vivre la sensation unique d’être porté dans les airs. Il a effectué plus de 150 vols réussis, en cachette, depuis une falaise derrière la maison familiale, avant que l’un de ses frères ne découvre ses exploits. Un an s’est écoulé avant que toute la famille apprenne qu’il avait parcouru jusqu’à 300 mètres, pendant 2 minutes, grâce à son équipement de base.
Ses parents se sont retrouvés acculés… à une falaise! Ils ont envoyé leur fils dans une école de parapente. Il leur était impossible de freiner son impulsion viscérale de voler.
Les parapentistes doivent maîtriser totalement toutes les actions nécessaires pour maintenir l’« aéronef » en l’air—tout comme les marins au long cours sur l’Atlantique. Une fois au milieu de l’océan, le pilote doit se débrouiller seul. Il est l’unique commandant à bord. Dans le cas de René, ce sont les lois de l’aéronautique qui s’appliquent.
Le parapente lui permet aussi de développer sa sensibilité grâce au contact direct avec la masse d’air: flotter, monter, descendre, ressentir, se déplacer avec l’air. Pour René, voler, c’est jouer avec « l’air au bout des doigts », ce qui signifie être en communion avec la nature, en se délectant de l’environnement.
Il cherche aussi à faire en sorte que ses élèves développent cette sensibilité. Il ne les forme pas seulement aux techniques de base de navigation aérienne, mais les encourage aussi à aller plus loin—à ne pas craindre la sensation de vertige qui accompagne parfois le vol.
Par ailleurs, le parapente lui offre l’occasion de rencontrer des pilotes du monde entier qui partagent sa passion. René a fait du parapente dans 24 pays, sa « plane-in-a-pocket » en remorque. Ces vols lui ont aussi permis de constater l’ampleur de la déforestation. Du haut des airs, il a une vue d’ensemble de la façon dont la planète se transforme. Ces réalités écologiques le rendent conscient de la fragilité de l’environnement. Il tient donc beaucoup à vivre simplement, en totale harmonie avec son élément préféré et dans le respect de celui-ci: l’air.
Il a appris le parapente à son fils dès l’âge d’un an et demi. Ils ont volé au-dessus des oiseaux. Quelle merveille de voir la vie sous un angle différent!
René jouit d’une liberté extraordinaire. Il exprime et vit pleinement une activité qui est sa passion depuis l’enfance. Sa vie est une source d’inspiration. Il nous invite à revoir nos priorités en tant qu’individus, à sortir de nos routines quotidiennes et à nous élever au-delà de toutes sortes de barrières personnelles.
Il admire tout particulièrement Léonard de Vinci, qui a créé les premiers prototypes d’avions entre 1485 et 1490. Il comprend la réalité à laquelle ce visionnaire a dû faire face lorsqu’il a rencontré une résistance idéologique, religieuse et culturelle considérable. René se dit libre penseur. Voler l’ouvre sur le monde.
Photographie: Stock.Xchng Texte: Andrée Trempe